23 févr. 2017

Naissance d'un roman : créer ses personnages


Naissance d'un roman
exemple : Pulpeuse fiction (adulte)


Deuxième partie, créer ses personnages (1) (trouver le prénom, le nom. Personnage principal ? Personnages secondaires ? figurants ? Les décrire (ou pas), les faire vivre (ou pas)...)


Regardez autour de vous 

Dans mon précédent article sur trouver l'inspiration, je vous disais qu'il était important de piocher dans la vie pour trouver les idées. Il en va de même pour les personnages. Posez-vous cinq minutes et regardez autour de vous. 

Imaginez que vous êtes un caricaturiste : dans votre tête, accentuez le trait, comparez, métaphorez, exagérez, poussez à l'extrême... :

- Il a une étrange façon de marcher, celui-là : on dirait presque qu'il danse ! (c'est le petit fils de Noureev)
- Ouah ! Sa couleur de cheveux ! On dirait... on dirait... (évitez les comparaisons de la blondeur avec le blé - Saint Exupéry l'a fait bien mieux que vous avant vous - ou le roux avec les feuilles d'automne, c'est un cliché rédhibitoire !)
- Son nez n'est-il pas un peu trop long ? (pareil : évitez Cléopâtre)
- Un oeil bleu un oeil marron ? (Pas encore trop de comparaisons littéraires avec Bowie : vous pouvez toujours tenter)
- Il a un front gigantesque ! (Einstein - Schrek...)
- J'avais jamais vu des pommettes aussi hautes... (les héroïnes de Corto Maltese - les frères Bogdanov...)

... 



Et puis, lancez-vous à leur imaginer une vie : 

- Elle a une tête à s'appeler Gertrude / Mila / Marie-Antoinette / Anastasie...
- Il a une tête à s'appeler Gaston / Clovis /Jean-Georges / Amédée
- Oh ! lui, il vient de rompre... (grise mine et coin de bouche en berne)
- Ah ! Elle, elle vient de terminer de lire Pulpeuse fiction... (air ravi, voire extatique)
- Il / elle me donne envie de le / la connaître. (chacun ses raisons)
- Les deux, là, elles sont soeurs, non ? (jumelles, nées sous le signe des gémeaux...)
- Les deux qui s'embrassent, là, eh bien la femme, elle vient tout juste de tromper l'homme... (mais n'allez pas le leur dire, n'oubliez pas qu'on est dans la spéculation)
...

Victoire Sting, l'héroïne de mon roman Pulpeuse fiction, et son chat Bigoudi


Bêtise à part, les associations d'idées, même saugrenues, sont les bienvenues, et sont à noter car de fil en aiguille, elles peuvent vous mener à votre personnage.
Vous vous souvenez de mon petit carnet (voir mon précédent article sur le sujet). C'est le moment de le sortir et de noter vos réflexions à la page personnages, de faire un croquis (ou pas selon votre talent)(moi j'évite)(ça pourrait desservir mon travail), d'écrire en vrac ce que vous voyez, ce que vous imaginez des personnes qui vous entourent, en les gratifiant des qualificatifs qui vous viennent à l'esprit (faites confiance à votre esprit : il vous dégotera toujours de chouettes idées).

En quelques semaines, vous allez avoir de véritables tableaux, des descriptions, des vies qui se dessinent, des listes où piocher avec délice...

Bref, vous avez une première belle esquisse pour peupler votre roman.



Comment il / elle va s'appeler ?

Avant internet, quand on n'avait pas d'idée pour l'enfant à naître, on prenait le calendrier. Depuis, les listes de prénoms pullulent sur le net, et ne vous privez pas d'y aller.

Pour ma part, quand je cherche un prénom, je m'enfile des listes entières et je m'arrête dès que j'ai un coup de coeur. Et ce qui est surprenant, c'est que je sais que c'est le bon prénom, je le sens. Et c'est très rare que je me trompe. 

Encore un coup du subconscient ? Je crois bien que oui !




Même procédure pour le nom de famille : vous trouverez des listes sur internet. C'est à ce moment que je joue mon Flaubert (vous savez, avec son gueuloir), et je déclame toute seule dans mon bureau (de préférence pas en plein métro...) le prénom et le nom : faut que ça sonne ! Que ça sonne bien ou propre, ou drôle, ou niais... selon l'esprit de votre roman.
Un petit truc à la noix, que j'utilise (vous marrez pas !) pour entendre comment ça sonne (c'est le cas de le dire) : prenez votre téléphone (fixe, portable ou le jouet de votre enfant) et faites semblant de téléphoner à votre personnage :

- Bonjour, je voudrais parler à Cunégonde Culserré, s'il vous plaît.
Si ça n'a pas l'air réaliste, raccrochez et reprenez vos recherches, ça vaudra mieux pour cette pauvre Cunégonde, pour vous et pour votre roman.



Les fiches

Quand tout ça c'est fait, et même si c'est temporaire (car en cours de route, il peut y avoir quelques changements), faites-vous des fiches ! Une par personnage, sur du papier cartonné, avec en en-tête le prénom et le nom (une fois le test du téléphone passé avec succès), ainsi que les descriptions physiques, le caractère, les goûts, les objectifs, et tout ce que vous avez besoin de savoir sur elle / lui.


Fiches personnages
(fiche "Victoire Sting", héroïne de Pulpeuse fiction)


Attention : vous n'êtes pas obligé d'utiliser dans votre roman tous les détails et descriptions que vous écrirez sur votre fiche. C'est avant tout pour vous, pour voir votre héros, lui donner une belle consistance dans votre tête, car c'est tout de même là que tout se passe, non ?


Ensuite, faites pareil pour tous vos personnages, même les figurants, c'est à dire ceux que l'on ne verra qu'en fond... Vous les invitez chez vous, la moindre des choses est de leur donner un peu de personnalité, quand même !



Alors n'hésitez pas à observer, noter, téléphoner et faire des fiches, et venez me dire quel personnage vous avez créé ! :-D




La prochaine fois, je vous parlerai encore des personnages (car c'est quand même un peu important, dans un livre) : Mais comment donc réussir à les faire vivre dans votre roman ?
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19 févr. 2017

Coup de coeur des libraires FNAC

La saveur des bananes frites,
coup de cœur des libraires de la FNAC


Je suis très contente ! C'est chouette, non ? ;-)



"Saraphina part sur les traces de sa culture d'origine. Née en France, elle retourne vivre à Haïti avec son frère pour retrouver leur père disparu. Ce roman soulève une réalité, celle de l'intégration, du besoin de connaître ses racines. Et tout ça traité avec fraîcheur et bienveillance ! Un très chouette roman ♥"



17 févr. 2017

Naissance d'un roman jeunesse : trouver l'inspiration

Naissance d'un roman jeunesse
exemple : La saveur des bananes frites


Première partie, l'inspiration (trouver l'idée, les idées, le thème, dessiner son histoire...)


Piocher l'idée dans la vie 

A l'origine, il y avait les nouvelles ;-)
J'ai toujours aimé cette forme, courte, dense, puissante, où les idées, les actions, les personnages et les émotions doivent aller vite et bien (ou vite et mal, selon...).

A cette époque, donc, je participais régulièrement à des concours de nouvelles* pour me frotter de plus près à la norme, voir si je maitrisais le genre.

Pour cela, il me fallait des idées choc, ou pas, mais des idées tout de même !
Parfois, elles me venaient du thème imposé par les organisateurs de concours. Les autres fois, il me fallait chercher moi-même ce que j'avais envie d'écrire. Tout alors était bon : un fait divers, un film, une expo, un mot dans un livre, une conversation entendue, une image... TOUT !
J'ai affuté mon œil, et me suis mise à voir les choses (la vie) autrement, comme au travers du prisme de l'écriture.
Tout est devenu bon à écrire, et pour ne rien perdre de mes impressions (visions), j'ai acheté un petit carnet, qui ne me quitte jamais. Dès que j'ai une sensation, un ressenti, une image qui résonne en moi (des fois, des choses complètement anodines), je la note sur mon carnet.

Cette technique ne m'a pas quittée.
Forte de cette façon de voir la vie, le cerveau humain étant bien fait, l'habitude fortement ancrée est devenue une façon d'être! Je ne vis pas dans un roman, mais chaque évènement de la vie en est potentiellement devenu un !

L'inconvénient, est que je peux, du coup, avoir mille idées par journée, ce qui m'oblige à les canaliser et à prioriser. C'est difficile pour moi qui pense que tout est beau et important. Mais il faut bien le faire, et quand je relis mes notes, le soir, je sais que les idées que je ne retiens pas ne sont pas rejetées mais existent bel et bien, et s'inséreront forcément à un moment donné dans mes histoires.


Comment est née l'idée de La saveur des bananes frites (mon dernier roman jeunesse, édité chez Magnard Jeunesse) (que je vous conseille ;-) !) 

Les grands thèmes de mon roman sont classiques : le racisme, l’esclavage, la pauvreté, la quête des origines ancestrales
C’est aussi un roman d’amour et d’amitié.
C’est surtout un roman sur la quête identitaire, sujet qui me tient particulièrement à cœur.

Pas besoin de petit carnet pour avoir envie d'écrire sur ces grands sujets de société, bien sûr.
En revanche, comment adapter cela aux enfants, aborder ces thèmes graves sans pathos ni misérabilisme, dérouler l'histoire en la ponctuant d'anecdotes drôles, visuelles, fortes.

Sans jamais perdre de vue que je m'adressais à des enfants, j'ai pris une grande feuille, et ai posé au centre deux mots dans un cercle :

enfance, quête identitaire


Puis j'ai tracé des flèches, rajouté des mots, des dessins (simples, les dessins !), des symboles, des couleurs, etc.

De nouveaux liens se sont créés, engendrant de nouvelles idées, traduites à leur tour en mot ou en dessin...



C'est le principe de la carte heuristique, méthode permettant de collecter des idées, et qui reprend la façon dont notre cerveau fonctionne.
C'est intuitif, efficace, créatif!

Petit à petit, s'est ainsi dessinée la trame de mon roman, que j'ai vue apparaître sous mes yeux comme par magie. Mais pas de magie là-dedans : juste tout ce que mon cerveau bouillonnant et créatif (comme tous les vôtres, convaincue que je suis du potentiel infini que nous avons tous en nous) avait bien voulu déverser sur ma feuille, via le schéma heuristique !


Essayez, vous verrez, c'est tout simplement génial !

Alors, si vous voulez tenter l'aventure de l'écriture (assonance en ture un peu lourdingue, je vous le concède), il ne vous reste plus qu'à acheter un carnet, de grandes feuilles et des crayons de couleur!

Vous viendrez me dire ce que ça a donné ?







Dans le prochain article, je vous parlerai de la création des personnages de roman.


* Pour trouver des concours de nouvelles sérieux, vous pouvez visiter ces sites : ici, , là aussi ou encore ici !


12 févr. 2017

Un peu de technique : à quelle sauce employer le mot "sur" ?

Un peu de technique littéraire : à quelle sauce employer le mot sur ?



J'habite à Paris ou j'habite sur Paris ?

Après s’être répandu dans la langue populaire ou familière, l’usage de la préposition « sur » où l’on attendrait la préposition « à » est aujourd’hui fréquente dans les médias (travailler sur Paris ; déménager sur Brest). Si, avec un verbe de mouvement, cette construction peut éventuellement se justifier par sa connotation dynamique (ainsi de déménager sur Toulouse qui rappelle marcher sur Rome), elle ne peut en revanche être acceptée avec un verbe qui n’a pas cette connotation (j’habite à Paris et non j’habite sur Paris).


Voici d’ailleurs ce qu’écrivait en 2002 M. Maurice Druon, Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie française :

«  “Je vais descendre
sur Marseille.” Vous trouvez-vous donc en hélicoptère ? “C’est pour travailler sur la région Provence-Côte d’Azur.” A-t-elle besoin d’être modifiée, redessinée ? Sans doute, puisqu’on envisage de “créer un nouveau canton sur la troisième circonscription du Var.” Mais par quel procédé ? Peut-on élever un canton ou le poser ? 


Cette pauvre préposition
sur est harassée. On la met à toutes les sauces. Elle nous vient après plusieurs avatars du latin super, supra. On l’a chargée au fil du temps de bien des sens, propres ou figurés, matériels ou abstraits. Mais pourquoi lui impose-t-on, de surcroît, d’exprimer des indications qui ne comportent nulle notion de position, de supériorité ou de domination ? Il y a là un abus qui devient un tic. Soyons sur nos gardes pour n’y pas céder. »




10 févr. 2017

Parlez-moi d'amour



Orange

Et Gaïa offrit à Zeus et à Héra, comme présent de noces, une coupe d’orange    
Mythologie grecque.


Le carnaval battait son plein.
La multitude empêchait de reconnaître son voisin dans les mouvements de foule qui faisaient tourner les têtes…
Les tissus des déguisements bariolés volaient au-dessus des chevelures hirsutes, comme des rubans d’aurores boréales.
Les femmes et les hommes se mêlaient, dans les gestes, les mouvements de reins, les ondulations des corps, les rires aigus, les yeux écarquillés, les bouches rouge sang tordues de rires ou de spasmes. Chacun se confondait avec son vêtement, et on ne finissait par voir qu’un bouillonnement d’étoffes flottant au gré des balancements humains, sans rien sentir d’autre de la vie qu’une palpitation frénétique et dissolue.
Des chants d’ivresse s’élevèrent soudain, et une voix de ténor se distingua. Un homme, en toge orange, le visage rougi de fards et d’alcools, simulait des tableaux obscènes et avec une immoralité d’éthylique et se livrait à des gestes lubriques. La foule s’arrondit autour de lui, formant une spirale hilare de gens avides de désordre. Dans une débauche de grimaces, l’homme hurlait des refrains paillards en illustrant ses paroles de déhanchements appropriés. Les hommes riaient à gorge déployée. Les femmes, au début plus discrètes, émettaient quelques gloussements, puis se lâchaient peu à peu. L’homme encouragé, s’agitait de plus belle. Derrière lui, la foule des travestis se mit à déambuler dans les rues de la ville, scandant d’onomatopées évocatrices les grossièretés des rengaines. Dans la tension qui montait, certains hommes se mirent à jurer sans retenue, d’autres à se livrer sur des femmes à des attouchements hasardeux, puis indécents, que leur permettaient l’ivresse et la promiscuité.
Le défilé prit des allures de bacchanale…
Un parfum de luxure envahit les narines.
Les instincts bestiaux occultèrent la bienséance.
Des lèvres molles s’évadèrent le quotidien. On rotait le poli. On pétait le convenable. A la place de ce qui avait été des hommes, surgirent des monstres de carnaval sans contrôle du rationnel, se livrant à des forces élémentaires insondables, plongés dans un violent désir de chaos !
L’homme à la toge se rua soudain sur une porte qu’il défonça à grands coups d’épaules. A sa suite, des dizaines d’individus déchaînés firent irruption dans une immense salle, où avaient lieu des noces. Au centre, derrière une table nappée de blanc sur laquelle s’évasait une vasque remplie d’oranges, les jeunes mariés poussèrent en même temps un cri d’effroi et de surprise, vite happé par les chants tonitruants. Comme un essaim de guêpes, la foule envahit la pièce.
La mariée fut soulevée du sol et portée de bras en bras par les bêtes féroces. Sa robe de mousseline blanche volait au milieu des couleurs. On la déposa en sacrifice aux pieds de l’homme à la toge. La bouche tordue, les yeux révulsés, il se jeta sur elle, arracha la robe puis la viola dans une débauche de frous-frous blancs et safranés, sous les cris excités de la foule et les hurlements de détresse de la famille.
Le mari, qu’on avait lâché pour mieux profiter du spectacle, empoigna un couteau, et, marchant littéralement sur les hommes qui râlaient et soufflaient comme des bêtes, plongea sur le violeur, lui enfonça son arme dans le dos.
Une tache rouge sur son habit orange, il s’effondra, sans vie.



Elle arriva devant l’immense portail gris. On la fit entrer par un portillon. Timidement, elle avança en suivant le gardien qui ne dit pas un mot. De hauts murs en pierre entouraient une cour carrée. Elle se sentait toute petite. Intimidée. Triste. Absurde.
Quand elle entra enfin dans le parloir de la prison, elle déposa devant son mari un panier rempli d’oranges.




2 févr. 2017

Chronique de blogueuse : La saveur des bananes frites

Une chronique sur la saveur des bananes frites. Mon histoire et mon héroïne ont touché la lectrice, et ça me fait très plaisir...

Extrait :

Une très belle histoire à la fois forte et émouvante. Saraphina a une histoire familiale lourde. Elle a grandi sans connaître son père, sa famille a fui Haïti et elle a perdu sa maman. Son grand frère, Jude, est un pilier. Il est touchant et droit. Il refuse de céder à la facilité et veut élever sa petite sœur dignement, quitte à faire des choix audacieux et à retourner sur les traces de son passé.
C'est un roman agréable à lire, pas du tout plombant malgré le sujet. C'est une lecture sérieuse et touchante avec une Saraphina attachante.
Belle découverte!

1 févr. 2017

Phrases à thème : la gourmandise

 La gourmandise

- La vie de l'homme est une chasse au bonheur. Parmi ces bonheurs, l'exercice de la gourmandise est un des plus importants.
Jean Giono

- Je compte lui préparer une soupe de légumes frais. Une de ces soupes de grand-mère qui nous assurent que la mort n'existe pas, que nous avons toujours dix ans, que les miracles sont devant nous, qu'ils nous attendent.

- Il est plus facile de faire de la soupe de poisson avec du poisson, que de faire du poisson avec de la soupe de poisson.
Peter Drucker

- La soupe aux choux mon Blaise ça parfume jusqu'au trognon, ça fait du bien partout où qu'elle passe dans les boyaux. Ca tient au corps, ça vous fait même des gentillesses dans la tête. Tu veux qu't'y dise: ça rend meilleur.
René Fallet (la soupe aux choux)

- Un cheveu sur la tête c'est peu, dans la soupe c'est beaucoup.

En connaissez-vous d'autres? Je me délecte de vous lire ;-)